Description
Extrait:
Au premier regard, en l’absence d’humour, l’outrance et la nuance semblent être des ennemis irréconciliables. L’une claque la porte, l’autre attend qu’on l’invite à entrer, après s’être déchaussée. L’outrance hurle, la nuance chuchote. L’une veut choquer, provoquer, l’autre veut susciter ou expliquer avec un peu de recul. Un débat télévisé entre les deux serait comparable à celui de Mélenchon avec le dalaï-lama, la kalachnikov verbale et gestuelle assassine, face à l’humilité, la tolérance, la compassion et la quête de sens.
Pourtant,il faut parfois heurter pour toucher, choquer pour éveiller, déranger pour faire penser. Dans un monde assoupi dans la violence qui tue , anesthésié dans la tourmente, engourdi dans un silence indifférent, l’humour est un séisme, et l’outrance sa secousse initiale. Elle éclate, elle tranche, elle gifle, c’est une claque qui réveille pour éveiller ensuite. Elle est rapide, cinglante, tranchante et saignante. Elle ne prend ni gants ni détours, elle percute rapidement et violemment son but, son objectif, sa proie. Elle n’explique pas, elle balance sans nuance ! Elle est l’évidence brutale , parfois drôle, parfois gênante, souvent les deux. Elle dépasse parfois l’entendement ou les limites de la tolérance, qui elle, a une géométrie variable en fonction des individus. Et c’est justement dans cette exagération, dans cette explosion incontrôlée, dans ce dépassement, que la nuance prend racine. C’est dans ce déséquilibre que naît la réflexion. L’outrance soulève les questions, la nuance les explore. L’une défonce la porte, l’autre entre et fait le ménage.
L’outrance, c’est l’éclat du fou du roi, du bouffon sacré, qui ose ce que les sages taisent. L’outrance hurle pour que l’on entende enfin ce que l’on n’entend plus, ou ce que l’on feint de ne pas entendre ou voir. La nuance, elle, arrive après, comme une brise lucide dans la tempête ou l’ouragan. La nuance, ce n’est pas la tiédeur molle du compromis, c’est la lucidité dans la profondeur, dans la hauteur, dans la distance proche, qui surgit après le choc ou la provocation.
Le véritable humour n’a pas d’allégeance. Il égratigne les dieux, les rois, les présidents, les riches comme les pauvres, les biens portants comme les handicapés, les morts comme les vivants, les bourreaux comme les victimes etc., non par haine, mais par amour du réel. Celui qui en rit n’est pas un cynique irrespectueux, sans cœur. Non, il est libre, mais celui qui ne supporte pas qu’on rit de lui est un esclave embastillé dans son obscurantisme ténébreux, où l’esprit de la lumière n’éclaire plus rien.
Entre l’outrance et la nuance, c’est à dire entre le trait trop gros, trop provoquant et l’idée subtile ou sirupeuse, entre la gifle du mot et la caresse du doute, c’est de cette tension féconde que l’on s’éveille au réel. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut oser outrer pour réapprendre à bien penser par soi‑même.
En fait, l’outrance et la nuance sont comme deux amis d’enfance que tout oppose, mais qui, au fond, ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. L’outrance a besoin de la nuance pour ne pas sombrer dans la bêtise cruelle, et la nuance a besoin de l’outrance pour ne pas mourir d’ennui.
L’outrance est au premier degré ce que la nuance est au second. Mais pour les imbéciles, certaines formes d’humour sont inaccessibles à leur fanatisme et à leur obscurantisme religieux, ou de toute autre nature. Le 7 Janvier 2015, ce jour là, l’outrance a payé le prix du sang, l’humour a tué. L’humour est maintenant classé dans les armes létales, au même titre que la bombe atomique, que Poutine, Netanyahou le hamas ou dieu. Chaque ville devrait avoir une place où l’on parlerait avec outrance des travers de l’humanité, afin de sculpter ensemble l’arbre de la tolérance, terreau de la paix. Ces places porteraient les noms des morts pour l’humour : Cabu, Charb, Tignous, Wolinski, Honoré, etc, pour les plus connus parmi d’autres. Ils étaient tous coupables de faire rire, et ce rire n’était pas au goût de certains. Et ce rire leur a pété à la tronche comme un pet de Dieu dans une mosquée. Allah ait leur âme, et qu’il se marre enfin, dans une mare de larmes de rire, pas de sang ; c’est déjà fait ! On peut ne pas aimer leur humour, c’est notre droit d’homme libre, mais on doit défendre leur droit d’y aller à fond. Le prophète qui ne supporte pas l’humour mérite d’être croqué, même si quand l’outrance caricature, le fanatisme dégoupille. L’humour est un éclat de lumière, qui tranche les ténèbres d’un éclat outrancier ou nuancé, ou les deux.
L’outrance sans nuances, c’est la mitraillette qui tire pour de vrai dans le tas, sans trier les cibles. Elle arrose large, surtout là où ça fait mal. Tous ces rois, présidents, prophètes qui, sous prétexte de prétendre détenir la vérité, ne supportent pas qu’on leur chatouille l’absolu. Il faut donc mourir, non pour des idées comme le chantait Brassens, mais contre des idées comme celles de la censure ou de l’intolérance. Attention, sans outrance, l’humour devient politesse et un humour poli, c’est comme une pipe de curé ; ça sent l’interdit refoulé sous la soutane moite comme toutes celles souillées de l’abbé Pierre, qui n’était pas de marbre. Pour eux l’humour peut se dévergonder en bras d’honneur en le mettant à genoux face à son blasphème sacré…

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