Description
Maxime:
L’avantage d’avoir une sale gueule,
quand on fait la gueule,
les autres pensent que l’on sourit !
Extrait:
L’éloge de la laideur
Avec le temps, la revanche de la laideur sur la beauté.
Cette maxime m’est venue en pensant à trois visages : D’abord, Jojo, Jacky, le grand Jacques Brel, puis le torturé Gainsbarre, alter ego de Gainsbourg, mais aussi à celui que je nommerai Raoul, pour préserver son anonymat. Raoul, c’est peut-être votre voisin, votre amant ou mieux encore, vous‑même.
Raoul Malfoutu est né avec une tête telle que, même sa mère l’appelle « mon petit miracle du grotesque ». Une sorte de Picasso mal terminé, des yeux globuleux, un nez en galoche et une bouche qui hésite entre rire et résignation. Et pourtant, Raoul est heureux, sa gueule cassée lui offre un grand super-pouvoir, l’ambiguïté expressive.
Un jour, il marchait dans la rue, la mine renfrognée, les pensées boueuses, le spleen en bandoulière et là, un inconnu lui lance : « Wouah, ce sourire ! » Raoul surpris lui répond : « Merci mec, ça fait du bien ! » Raoul savait qu’il était naturellement affreux, mais son air constipé passait parfois pour une bienveillance patinée.
Mais depuis ce jour, il fait de sa tronche un camouflage social. Il peut râler, juger, bouder, mépriser, les autres le voient comme un sage rieur. Il est même, à ses heures perdues, coach du bonheur, un Bouddha spécialisé en grimaces zen, un prophète disgracieux. Il sait que le beau doit faire des efforts quotidiens pour espérer rester beau, lui, inutile, il est déjà une œuvre contemporaine naturellement. Car au fond, c’est ça le génie de la laideur, elle libère. Quand on est laid, on n’a rien à prouver physiquement, on vit avec panache. On ne court pas après le reflet du miroir, on lui tire la langue. On vit dans un monde où les apparences se cassent la gueule et laissent passer la lumière.
Raoul Malfoutu a compris que l’élégance, ce n’est pas de plaire à tous, c’est oser déplaire avec un style provocateur naturel. Quand il marche dans la rue, les enfants rigolent, les chiens s’arrêtent, et les vieilles dames murmurent : « il a le sourire dans la grimace ».
Et toi, en lisant ce texte, tu souris ? Tu ris jaune ? Ou tu fais juste la gueule à la Gainsbourg ?
Tiens justement, Gainsbourg, parlons-en car, même si les miroirs évitaient de le croiser, il faisait rire l’âme. Et pour ça, même les créatures les plus somptueuses, sculptées par les dieux ou les meilleurs chirurgiens esthétiques le retenaient en fin de soirée pour parler de poésie entre deux draps ou dans la baignoire, qui était sur le balcon. Le charme de sa laideur, le raffinement de ses outrances ont fait craquer Brigitte Bardot, Jane Birkin, Bambou, France Gall et bien d’autres restées anonymes. Le beau peut lasser, le laid surprend, et c’est parfois la surprise qui séduit. Une phrase de Gainsbourg à méditer dans un verre de rouge : « La laideur est supérieure à la beauté, car elle dure plus longtemps » Il était conscient de la beauté de sa laideur.
La beauté est une illusion qui fond avec le temps de l’âge, le charme, lui, brille toujours. La beauté est une dictature molle, la laideur est un acte de résistance. Le problème, c’est que l’on confond l’esthétique avec l’essentiel. Le monde s’extasie devant des visages lisses pendant que l’âme, elle, s’ennuie derrière la scène. La laideur, elle, elle en a bavé, elle a trébuché puis s’est relevée, elle a trop pleuré. Elle sent le vécu, la nuit, l’irrévérence, elle mord parfois et elle sait aimer et se faire aimer. Le laid n’a rien à prouver physiquement, il montre tout sans se grimer.
Raoul porte sa gueule comme un trophée, cabossée mais éclairée à l’intérieur, comme un lampadaire frappé par la foudre. Mais ce visage nous touche, on dirait qu’il s’excuse d’exister et pourtant, la véritable beauté ne se voit pas, elle est intérieure.
Aussi toi qui est belle ou beau, n’oublie pas qu’un jour, le miroir te regarde de travers, non pas parce qu’il est cassé, mais parce qu’il dit la vérité. Et parfois, la vérité est un électrochoc. Tu t’approches du miroir, juste pour te recoiffer et le miroir te balance, en pleine face, ce que tu craignais, une ride sournoise qui se glisse là où il n’y avait que lumière. Le miroir ne ment pas, il est d’une franchise cruelle. Ce n’est pas qu’il te déteste, c’est juste qu’il s’en fout, il fait son boulot, il reflète. C’est un témoin passif de ton lent naufrage cutané, de tes sourcils en déroute, de tes seins ou tes testicules, de plus en plus terre à terre, de ce corps qui dégouline en charpie, tel un shar-pei. Ce miroir, tu le fixes et il te fixe, tu plisses les yeux, tu changes d’angle, tu …

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