Description
Extrait:
Justice bancale dans une République bancale.
Il y a des mots qu’on prononce avec gravité, comme s’ils pesaient plus lourds que les autres, comme « Justice » et « Vérité ». Mais ces deux‑là sont des mots hypostasiés, ces mots que l’on considère à tort comme une réalité absolue.
Prenons l’histoire pour mémoire. L’affaire Dreyfus : un innocent dégradé, humilié, banni pour trahison qu’il n’avait pas commise. Un verdict fondé sur des convictions intimes, sur des soupçons racialement et militairement corrects. Une machination judiciaire antisémite qui l’a déporté au bagne sur l’île du Diable. Être juif prédispose à être un bouc émissaire idéal. Sans le « J’accuse » d’Émile Zola, il serait mort au bagne et enterré avec la vérité. Quand la justice condamne vite, la vérité met des années à se faire innocenter, surtout lorsqu’elle porte des lunettes d’État.
Et Outreau, plus proche de nous, des enfants abusés par le système judiciaire lui‑même, qui a condamné des innocents sur des témoignages branlants et des enquêtes bâclées, notamment par un juge tout juste sorti de l’adolescence judiciaire. Cette injustice de la justice, cette trahison de la justice par ceux censés la rendre a brisé des enfants, des famille en les humiliant au degré le plus abjecte de l’ignominie.
La justice, à en croire ses représentants, manquerait cruellement de moyens. Les citoyens ordinaires en savent quelque chose : procédures repoussées de mois en mois et même d’année en année, audiences reportées faute de juges disponibles, des juges pressés, des magistrats soumis à des quotas, des procès torchés faute de moyens, faute de temps, dossiers enterrés dans des tribunaux surchargés. Derrière ce scandale d’État, combien de vies brisées dans l’indifférence feutrée de l’Élysée, de Matignon, du Ministre de la justice et des palais de justice. Ces protagonistes oublient que chacun des 68 millions de citoyens, du bébé au centenaire est racketté de 180 € annuellement pour leur donner collectivement 12,2 milliards d’euros ! Somme vertigineuse pour une catastrophe judiciaire. En 1789, une telle gabegie aurait entraîné une révolution de palais et des têtes dans le panier de l’échafaud avec le même état d’esprit que les verdicts politiques d’aujourd’hui.
Mais ce constat accablant, hélas trop connu, se double d’un scandale plus subtil. Cette même justice, qui se dit à genoux, sait se redresser avec une vivacité fulgurante lorsqu’il s’agit de régler ses comptes avec certains acteurs politiques. Comme par enchantement, cette justice exsangue retrouve soudain vigueur et efficacité. Elle oublie ses pénuries chroniques et mobilise en un éclair des dizaines de magistrats, d’enquêteurs, d’experts, de greffiers etc. Une armée judiciaire que bien des victimes rêveraient de voir engagée pour leur propre cause. Les procédures deviennent des marathons judiciaires à la vitesse d’un sprint, savamment orchestrés, où chaque mot est pesé, chaque étape mise en scène. Ce n’est plus une justice en souffrance, c’est une justice de combat.
Il suffit qu’un nom surgisse dans une procédure juridique pour que cette machine rouillée, en panne d’essence humaine, se transforme en Ferrari judiciaire avec la force d’un bulldozer et l’agressivité d’un pitbull affamé de sang présidentiel. Pour Nicolas Sarkozy, cette justice claudicante et borgne sort instantanément de son chapeau de magicienne des dizaines d’experts et des millions d’euros. Les procédures s’accélèrent, les procès s’enchaînent avec une ferveur des juges presque religieuse. L’énergie dépensée est colossale, le zèle, spectaculaire.
Des enfants disparaissent, des corps ne sont jamais retrouvés, des pistes restent inexploitées faute de moyens, mais pour abattre un ancien président, on ne lésine sur rien. La justice devient un théâtre d’État et l’affaire Sarkozy, son opéra obsessionnel. Pas pour rendre justice, mais pour humilier, pour effacer un homme. C’est la vengeance des robes noires.
Ces juges ne comprennent pas ou feignent de l’ignorer que leur acharnement ne ridiculise pas seulement leur cible, ils humilient la France aux yeux du monde en la présentant comme une République bananière, elle qui n’est déjà plus une démocratie, mais une « démocrature ». Une démocratie qui conserve la forme, mais où l’essentiel, l’équité, est corrompue. Une nation dont la justice ne punit plus les délinquants, les violences, les narcotrafiquants, mais les adversaires politiques en laissant le citoyen dans le caniveau est indigne de l’esprit des lumières de la France.
Dans cette justice à deux vitesses, il y a une éthique d’une inspiration qui n’est pas sans rappeler certaines traditions du sud de l’Italie. Cette fameuse éthique napolitaine ou calabraise, où la justice ne punit pas au nom de la loi, mais au nom du clan, du pouvoir de ce clan ou du règlement de comptes de ce clan. Une éthique où l’on sélectionne, puis on élimine les plus gênants davantage que les plus corrompus. En effet, certains juges s’autoproclament des croisés de la vertu. Ils se réclament souvent d’un syndicalisme judiciaire ostensiblement engagé, où la neutralité est un mot vide de sens. Ces parangons de justice sont en croisade juridique pour faire avancer leur cause idéologique et donc politique, avec leur robe noire comme drapeau militant, et le « mur des cons » comme peloton d’exécution ou trophées.
Cette justice là n’est plus impartiale, n’est plus neutre et n’est plus …

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