Description
Maxime: On peut parler de tout et de rien, mais pas de rien du tout, car un petit rien peut tout changer.
Extrait:
C’est beau, c’est dense comme une équation d’Einstein qui aurait pris un cours de philosophie au café du commerce. Et pour en parler, encore faut-il avoir quelque chose à dire. Devos, ce poète du mot qui s’égare, l’avait bien compris : « Quand on a rien à dire, on ferait mieux de se taire. Mais comme on ne peut pas rester sans rien dire, on parle pour ne pas se taire, on parle … pour ne rien dire. » Devos avait flairé ce piège verbal : « Il y a des gens qui parlent, qui parlent, jusqu’à ce qu’ils aient enfin quelque chose à dire », Ceci explique pourquoi les politiques parlent toute leur vie, sans jamais rien dire. Comme ils parlent sans arrêt, ils ne peuvent rien faire, et comme ils ne font rien, rien de rien, rien du tout, ils n’ont rien à dire. Ils sont atteints « d’ultracrépidarianisme » incurable, car au stade de la psychose obsessionnelle. Ce doux mot barbare désigne l’art exquis, tragiquement comique, de donner son avis sur des sujets qu’on ne maîtrise pas. C’est le sport préféré de ces bouffons en costume-cravate, bardés de certitudes creuses, et qui brassent de l’air avec la solennité d’un académicien bourré, s’improvisant tour à tour, climatologue, virologue, économiste. L’art de transformer son ignorance de tout, en expertise du rien. Dans cette famille mafieuse, n’oublions pas les religieux, qui entre deux abus sexuels, se livrent à des abus textuels. Dieu n’a jamais rien dit, mais ils parlent en son nom, pour nous convaincre d’histoires à ne rien comprendre, quand on est sain d’esprit. Seuls les Saints et les simples peuvent y croire, en plus du Père Noël, de la petite souris, des cloches et des cigognes. Même combat, même délire. Bon, je vous vois venir ! Non, ne succombez pas pour autant, à la tentation de faire un lien entre ce mot et mon texte, ce serait un acte d’obscurantisme éclairé ou de lucidité ténébreuse, ou les deux. Un petit rien dans une vie, certes, mais un petit rien qui me courroucerait, qui me donnerait l’impression d’être pris pour un bon à rien, un vaurien même, voir pire, un moins que rien. Et ça, je vous le pardonnerai volontiers si, et seulement si, c’était la vérité. Car, comme vous, je n’aime pas être pris pour un bon, quand je fais le con. De plus, toute vérité n’est pas bonne à dire, enfin c’est ce que l’on dit, quand on a rien à dire, une occasion de plus pour parler pour ne rien dire.
Et le pire, c’est qu’en parlant pour ne rien dire, on dit toujours quelque chose. C’est là que le silence, ce cri intérieur qui ne veut pas se mouiller, intervient sournoisement, car lui aussi veut le dernier mot, et souvent, il l’a.
Mais attention, ne sous-estimons jamais le rien. Le rien, ce n’est pas rien, c’est un peu comme ce petit grain de sable dans la chaussure de l’histoire, comme le nez de Cléopâtre. Si ce nez avait été plus court, toute la face du monde s’en trouverait changée. Ce n’est pas moi qui le dis , c’est Pascal. Imagine ce rien, ce presque rien, à peine plus visible qu’un moins que rien, ce rien du tout au milieu du visage qui a tout changé. Il a fait basculer des empires, des armées, des alliances. Un nez, un appendice nasal, peut tout changer. Plus près de nous, en parlant pour ne rien dire d’appendice, Domi-nique Strauss-Kahn est allé en prison, et n’a pas été président pour quelques centimètres, qui lui ont coûté la peau des fesses, cinq millions d’euros. Ce n’est pas rien, mais il est entré dans le sacro-saint Guinness des records avec la pipe la plus chère du monde, entre l’andouille et le « corps‑nichons », et même l’action « Saint Claude, dans le jura, s’est redressée aussi, par ricochet sur la bande! Prenons l’expression populaire …

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